Quelques rédactions personnelles.

Le mot d'excuse (rédigé lors d'un atelier d'écriture)

La psychologue me l'avait dit, "votre fils Alain a besoin de vous" et hier, j'ai été incapable de l'aider à apprendre sa poésie, j'ai cédé. J'ai fait un mot d'excuse expliquant que des maux de ventre (peut-être des vers) avaient empêché Alain d'apprendre sa poésie.

Alain, debout devant la maîtresse d'école qui lit le mot d'excuse, offre son dos au regard de ses collègues de classe. Certains sont eux-mêmes dans la peur de se faire interroger et de devoir réciter la poésie qu'ils n'ont pas suffisamment apprise, voire  pas du tout regardée.

Et ce silence, que l'on en finisse! Qu'il s'asseye, celui-là! que la maîtresse en choisisse un et que l'on passe à autre chose!

Allégé de la contrainte du par coeur, Alain, à défaut d'avoir eu des maux de ventre, a dû malgré tout se maîtriser pour remettre son mot, sans que sa main ne tremble.  Il sait que la maîtresse n'est pas dupe face à de tels arguments, mais il est encore trop jeune pour que son mensonge puisse lui procurer du plaisir, il n'a pas encore le sens du culot, peut-être lui viendra-t-il plus tard, quand plus libre, il fera l'apprentissage de la rébellion adolescente.

Il pense à sa maman ; le souvenir de la veille, en même temps qu'il l'apaise, crée en lui un sentiment de nostalgie :  ils ont partagé un mensonge...

 

Le mot manuscrit est une feuille de carnet à spirale. Le fil métallique de reliure qui rassemble normalement les feuilles, s'est transformé, par le geste brusque de la main, en hachoir à papier.

A la prochaine préparation de son cours de poésie, la maîtresse se laissera inspirer par cette dentelle pour rédiger quelques vers. Cela lui arrive rarement, mais plutôt que de s'appuyer sur des oeuvres connues, elle ne peut résister à l'envie, à l'instinct même, de poser quelques vers et de les proposer en exercice à ses élèves. Leur niveau scolaire lui impose quelques contraintes, mais pas plus que le nombre de pieds ou les rimes.

La maman ne saura pas que son mot d'excuse aura été à l'origine d'un nouveau poème appris en classe et que les vers d'hier auront inspiré des vers d'une autre nature.

La maîtresse retint un sourire. " Tu peux regagner ta place".

Folie douce (poème de jeunesse)

Folie douce,

Douce folie de tes ailes

Qui transportent à l'horizon de mon destin

Des messages d'amour et secrets.

Tes traces, le long de mon chemin,

Laissent en moi une empreinte enivrante,

Et je divague d'ornière en ornière.

Ton ombre qui passe m'efface la lumière,

Mais quelle caresse volée !

Le silence se fait, et j'oublie le son de ma raison ;

Le soleil revient et m'épargne la folie.

Je ferme les yeux.

Phosphènes et alcools valsent,

Tournant en tous sens mon coeur malade,

A la recherche d'un lieu secret

Où te rencontrer.

Les amants au sel de mer

Les vagues polissaient les galets entrechoqués dans une gamme de frémissements et rythmaient nos espérances. Le même ressac assagi par l’écran opaque des ténèbres nous berçait, amants entrelacés dans l’immobilité du voile nocturne.

 

En attendant son jour, l’horizon dissous nous confiait son infini où le regard s’épuiserait à se fixer.

 

Le metteur en scène du paysage animé avait mis en repos notre histoire le temps d’un entre-marée.  Le rideau de scène laissait filtrer à ses pieds une frange de lumière ondulée, mince filet d’écume évanescent abandonné par les vagues à chaque reflux.

 

C‘était un rêve sur le bout de la langue qui à chaque fois suspendait sa révélation

 

Nos chaises échangeaient leur froideur métallique avec l’obscurité du ciel dont quelques rares diamants accordaient leur solitude avec celle de deux petites bouées rouges qui se seraient perdues sans leur fanion blanc.

 

Suggérant le mouvement à venir de corps réfugiés dans la tiédeur d’une alcôve de coton, les doigts étourdis par le froid se cherchaient, se trouvaient et s’entrecroisaient, tels des chemins généreux à échanger le fruit précieux de leurs errances. 

 

Contemplation de noirs à la Soulage et silence scellaient nos regards, miroirs de nos âmes.

 

Amours…